Apprendre en équipe et/ou apprendre à être une équipe

C’est l’histoire d’une question simple “C’est quoi une rétro ?” avec une réponse qui me semblait facile et simple. Si je vais essayer de faire simple, ça ne fut clairement pas facile. C’est toute la question autour de la quatrième discipline de l’organisation apprenante qui m’a fait voir différemment la rétrospective (Scrum). J’avais compris que ce n’est pas parce que je sais progresser seul que je sais le faire en groupe. Je rajoute aujourd’hui que cela sert aussi à apprendre à devenir une équipe.

Cet article s’inscrit dans une série sur l’organisation apprenante chère à Peter Senge : Les 5 disciplines de l’organisation apprenante, La maitrise personnelle, Les modèles mentaux, L’apprenance en équipe, La vision partagée et La pensée systémique.

Les conditions nécessaires

Source Astoria Chakla
Pour pouvoir progresser, il est intéressant de connaitre ses axes de progrès. Et là le vocabulaire est intéressant. Je ne parle pas d’échec ou de problème, mais d’axe de progrès. Je suis en train de faire du politiquement correct. Souvent quand j’entends parler d’axe de progrès, je suis dans une organisation où il est compliqué de remonter des difficultés. Si je suis Carol Dweck dans Mindset, je n’essaie pas de paraitre intelligent mais bien de grandir. Je pourrais aussi parler de confiance dans les autres et de capacité à exprimer ce que je ressens (Psychological safety). Si vous n’êtes pas dans un environnement où vous pouvez remonter des problèmes, c’est par là qu’il faudra commencer avant d’aller plus loin.

Qu’est ce que je vais améliorer ?

Source Fields
Je suis en train de parler du périmètre de la séance de reflexion. Je peux regarder le global ou zoomer sur un point précis. C’est par exemple le cas quand je fais un post mortem sur une livraison en production. Souvent cela revient à se concentrer sur un des projets de mon écosystème et donc d’améliorer un sous système du système global. Dans ce cas, je fais attention à :
- M’assurer que je ne suis pas en train de faire un optimum local au détriment du global. C’est pour cela que je préfère souvent partir du global et zoomer ensuite.
- Poser la question de la suite. Je suis sur un sous ensemble en termes de périmètre et donc sûrement en termes de personnes. Qu’est ce que je fais des personnes non présentes ? Je parle de dissémination et d’acquisition de nouvelles pratiques, et aussi d’engagement. Je ne souhaite pas me retrouver avec deux équipes mais bien une seule.

Et c’est le point que je n’avais pas précédemment perçu. Quand je fais une session d’amélioration type rétrospective, j’améliore la façon dont une équipe fonctionne (les pratiques) mais je renforce aussi l’équipe en tant que telle (les relations).

L’effet miroir déformant

Source Miroir
Une fois que je suis dans la possibilité de m’exprimer en confiance, il me reste à savoir d’où je pars. Je dois essayer d’être lucide sur mon niveau actuel et de ne pas le confondre avec ce que je voudrais qu’il soit. Il s’agit pour partie de diminuer les biais. Il y a plusieurs techniques pour diminuer les biais et améliorer le miroir :
- J’écris sur des post it pour éviter l’effet groupe, le biais d’ancrage,…
- Je décris le problème que je rencontre et en quoi il me bloque. Je ne juge pas les autres sur leurs comportements.

Dialogue et discussion

Source Discussion
Il est important de ne pas pointer du doigt quelqu’un et dans le même ordre d’idée de ne pas prendre personnellement le problème de quelqu’un d’autre :
- Je peux dire : La qualité logicielle ne me permet pas d’être confiant quand je livre mes développements. Je découvre souvent des régressions.
- J’évite de dire : Le code est vraiment pourri, je ne sais pas qui a développé cette m…

Je cherche à mettre les personnes dans une attitude positive face au changement pour ne pas tomber dans une routine défensive. Nous avons des difficultés et nous pourrons les résoudre ensemble. Il s’agit de créer le dialogue et la discussion qui aideront à se projeter vers le futur. De nouveau, je suis aussi en train d’apprendre à être une équipe. Petit détail technique, cela ne veut pas dire que nous devons être d’accord sur tout.

Reflexion

Source Addo Elephant Park
Ensuite, il y a deux grandes tactiques :
- Le prisme des problèmes : Je regarde ce qui a bien et moins bien fonctionné dernièrement. Je définis ensuite des expérimentations d’amélioration.
- Le prisme des solutions : Cette fois-ci je regarde plus comment je me situe par rapport à une cible et ensuite quels sont les premiers pas qui pourraient m’aider à me rapprocher.

La première façon consiste plus à regarder derrière soi ce qui a mal fonctionné pour l’améliorer. La deuxième consiste plus à se projeter et voir ce qu’il manque pour y arriver. J’ai plus tendance à combiner les deux qu’à les opposer.

Action

Source Nascondino
Il ne reste plus qu’à expérimenter et ensuite valider (ou non) l’amélioration. Dans tous les cas, c’est sympa de partager le résultat des expérimentations car cela permet aux autres de progresser plus vite. Cela évite que dix équipes tentent la même expérimentation pour arriver toutes les dix à la conclusion qu’elle n’est pas intéressante.

Je suis pour visualiser les expérimentations en cours. Cela fait partie du travail normal d’une équipe. Et pour finir une question et une citation :
- Si tu n’as pas le temps de t’améliorer aujourd’hui, qu’est ce qui te fais dire que tu auras plus de temps demain ?
- Qui ne progresse pas régresse.

Conclusion

Source New York Comic Con 2016 - Teen Titans
Les séances d’amélioration type rétrospective servent à améliorer les pratiques d’une équipe mais aussi à apprendre à être une équipe. Il me parait nécessaire de faire des sessions globales et de ne pas faire que des ciblées.

Samuel Retière

Développeur, maitrise d’ouvrage, chef de projet, manager, coach agile et maintenant … coach en organisation agile

It is not the strongest of the species that survives, nor the most intelligent that survives. It is the one that is most adaptable to change. (Darwin)